ENTRE CONSOMMER OU EPARGNER : QUELLE ALTERNATIVE POUR LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE CONGO AUJOURD’HUI ?

INTRODUCTION

Secouée par des récurrentes atrocités dues aux conflits multiples, la population congolaise est aux abois et mène une vie qui, visiblement, est sans lendemain. Dans une situation de crise généralisée, il est étonnant de voir, dans les milieux universitaires, ceux qui réclament keynésiens de porter avec eux et dans une continuité permanente l’idée de consommer sans aucune politique d’épargne. Etant porte-étendards du « carpe diem », pour eux point n’est besoin d’épargner. Ainsi, l’épargne se meurt et avec elle se meurent les vertus de prévoyance, d’économie, de privation qui l’accompagne. Or tout économiste vous le dira, la condition essentielle de la croissance économique est un fort volume d’investissements et seule l’épargne peut financer ces investissements. Dans notre communication, nous voulons montrer que la RDC ne pourra réussir économiquement que dans la mesure elle s’oriente dans la direction d’investissement.

Nous pensons qu’il faut rendre aux congolais le goût de l’épargne classique ; il faut restaurer cette vertu. Avouons-le ! Nous sommes des partisans sincères et convaincus de l’épargne classique. Consommer ou épargner sont les deux alternatives qui tentent toute personne disposant d’un revenu donné, aléatoire ou permanent. Plusieurs débats ont abondé dans ce sens pour assoir le choix optimal. Au début de la seconde guerre mondiale, profilée dans la période dite « les trente glorieuses », sous inspiration du keynésianisme, la pensée économique a magnifié la consommation, et a diabolisé l’épargne. John Maynard KEYNES a préféré « consommer » à « épargner », en ce sens que « l’épargne est un vice collectif ». S’il pouvait rester à ce niveau, il serait facile de comprendre qu’il ait choisi un cas qu’il devait nécessairement prendre lui qui vient d’une famille bourgeoise. Cela rejoint les psychologues qui soutiennent que le milieu influence constamment l’individu dès sa conception jusqu’à la mort. L’humain est en grande partie ce que lui dictent la société et la nature qui l’entourent. Mais que Keynes ait justifié ceci par le fait qu’ « à long terme, tous nous serons morts », il y a lieu de prendre recul et d’interroger le fondement même de son option en lien avec les générations à venir.

Certes, l’épargne serait un vice collectif car elle est une fuite de la monnaie du circuit de paiement. Mais dans un pays comme la RDC, un pays pauvre et aux populations misérables, quoi consommer ? Avec un déficit criant de la balance de paiement? Un PIB/Habitant très faible? Un pauvre individu, que peut-il acheter avec un revenu dérisoire ?

En fait, le générique « consommons » de Keynes est à replacer dans le contexte de la crise de surproduction de 1929, source d’inspiration de sa célèbre « Théorie générale de l’emploi, de la monnaie et du taux d’intérêt ». Naturellement, la préférence à la consommation devrait être envisagée pour torpiller la révolution industrielle avec son machinisme, à la base de la surproduction non compensée par l’accroissement de la demande globale. Du point de vue stratégique et compte tenu de la réalité économique de son époque, Keynes n’avait donc pas tort d’inciter ses concitoyens et ses contemporains à la préférence de la consommation qu’à s’investir dans l’épargne. Cependant, aujourd’hui et encore plus pour le cas de notre pays, il est plus sage de s’engager sur la voie d’épargne.

D’ailleurs quelques années après Keynes, le modèle de croissance de Robert Solow a montré que « le taux d’épargne est le déterminant clé du stock de capital d’état stationnaire. Si le taux d’épargne est élevé, l’économie se dote d’un stock de capital important qui lui permet de produire un volume élevé de production. Si le taux d’épargne est faible, la modicité du stock de capital ne permet à l’économie que de produire un volume de production moins important ».

Démontrons ensuite, comment Keynes et tous ses sympathisants sont coupables d’avouer qu’: « à long terme, tous nous sommes morts ».

D’entrée de jeu, nous présumons que Keynes pour couper ses citoyens et ses contemporains de la préférence à l’épargne a dû mobiliser des aspects du futur qui contrarient les vertus de l’épargne. Et il va jusqu’à l’extrême pointe. Il évoque la mort ! « Demain, nous mourons ». Quelle ruse ! Les vertus de l’épargne sont : la prévoyance, l’économie et la privation. Et bien évidemment, qui songerait au lendemain si demain, il doit mourir ? Qui pourrait économiser sur les biens qui l’a ? Qui va-t-il s’en priver ? Combien de gens voyons-nous délirer, halluciner, tout solder parce que seulement un des « prophètes du temps de la fin » leur a dit : « Maranatha ! Tous les signes se sont révélés ». Tout comme ces « vengélés », Keynes a su mater et hypnotiser les petits accros à la consommation.

Si nous serons tous morts à long terme, que dire de nos enfants ? Comme nous ne serons plus vivants dans les jours futurs, qu’en sera-t-il de nos petits-enfants et de nos arrières petits fils ? Comme ne cesse de le rappeler la convention relative aux droits de l’enfant publiée par l’Organisation des Nations-Unies depuis 1989 : « les enfants sont le renouvellement de la vie. » Ce que renchérit Antoine De Saint Exupéry en affirmant que nous n’héritons pas de la Terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants. C’est aujourd’hui que se décide ce que sera le monde en 2050 et se prépare ce qu’il sera en 2100, pour reprendre le penseur français Jacques Attali. Selon la façon dont nous agissons aujourd’hui, nos enfants habiteront un monde plus meilleur ou ne le vivront pas. Pour leur laisser un monde plus beau et digne d’eux, il nous faut prendre la peine de penser l’avenir et de militer pour son avènement. Cela nous fera échapper au jugement de nos enfants comme « ma mère m’a infligé cette vie » pour parler comme Chateau Briand. En tout cas, Albert CAMUS, devient un guide et un accompagnateur dans ce qu’il écrit, la vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent. Il s’agit donc du rendez-vous du donner au présent, pour le futur; c’est-à-dire à épargner.

CONCLUSION

Nous vous convions à épargner où que vous vous trouviez, quel que soit votre revenu et votre âge. Halte à tous les nôtres qui s’autorisent du keynésianisme à plus consommer qu’ils n’épargnent ! Faisons comme les citoyens des pays asiatiques dont la Chine. On signale que leur miracle repose beaucoup sur une épargne intérieure élevée. Epargnons ! Car demain, nous vivrons. Que la RDC et ses citoyens pauvres apprennent à épargner. Ici la consommation est un vice collectif !



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